Les patients soudanais sont toujours là. Les centres de santé dont ils ont besoin disparaissent.
L’escalade récente de la violence au Liban a provoqué le déplacement de milliers de personnes et accentué les besoins humanitaires à travers le pays. Voici quelques questions et réponses pour mieux comprendre la situation et la réponse de Médecins Sans Frontières.
Dernière update: le 17 avril 2026
Au 14 avril, les autorités libanaises ont rapporté que plus d’un million de personnes ont été déplacées de force. Environ 140 000 personnes sont enregistrées dans des abris officiels. Ce chiffre s’ajoute aux environ 64 000 personnes qui restent déplacées depuis l’escalade de 2024.
Les communautés de migrant·e·s déplacé·e·s, qui peinent à payer les soins de santé et à naviguer dans des systèmes juridiques restrictifs, sont désormais prises au piège entre les conséquences de la guerre et une réponse humanitaire qui les exclut souvent.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM, 26 mars 2026) estime que 48 000 des personnes déplacées ou vivant dans des zones à haut risque sont des migrants, ce qui représente environ 30 % de la population migrante identifiée au Liban (OIM, 2025).
Nous avons également observé des personnes, en particulier des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, piégées dans des villes frontalières après l’annonce par Israël d’une incursion terrestre, car elles n’étaient pas en mesure d’évacuer.
Selon le HCR, les passages de frontière du Liban vers la Syrie ont également augmenté à la suite des ordres de déplacement israéliens.
Toujours selon le HCR, 277 000 personnes ont traversé la frontière du Liban vers la Syrie, dont 234 000 Syriens et 43 000 Libanais, au 13 avril.
Nos équipes sont présentes dans des pays voisins, notamment en Syrie, où elles surveillent les développements et évaluent les mouvements de population, tout en poursuivant leurs activités régulières. À ce stade, MSF n’a pas lancé de réponse opérationnelle transfrontalière.
Les communautés migrantes au Liban sont déjà confrontées à d’importantes barrières économiques, juridiques et sociales pour accéder aux services de base. Beaucoup s’abritent désormais dans des logements surpeuplés organisés par des leaders communautaires, ou dorment dans la rue.
Certaines personnes auraient été explicitement refusées, discriminées ou priorisées après coup dans l’accès aux centres d’hébergement collectifs formels, au profit des ressortissants libanais.
Le Liban accueille environ un million de réfugiés syriens, 450 000 réfugiés palestiniens et près d’un demi‑million de travailleurs migrants originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud‑Est.
Oui. Les déplacements surviennent souvent de manière soudaine, forçant les personnes à fuir sans leurs médicaments, leurs ordonnances ou leurs dossiers médicaux. Beaucoup vivent aujourd’hui dans des abris surpeuplés ou des cadres informels, où de mauvaises conditions d’eau et d’assainissement favorisent les infections respiratoires, les maladies de la peau et une détresse psychologique importante.
À travers nos cliniques mobiles dans les abris et les centres de santé primaires, nous voyons régulièrement des personnes arriver après plusieurs jours, voire plusieurs semaines, sans traitement essentiel.
Et l’accès n’est pas freiné uniquement par la fermeture des structures ou l’insécurité.
La réalité pratique du déplacement crée à elle seule de nombreux obstacles : manque d’argent, de transport, d’informations et de réseaux de soutien, qui rendent l’accès aux soins difficile même lorsque les services existent.
Exemple concret : il y a quelques jours, lors d’une visite de clinique mobile dans un abri collectif à Beyrouth, une mère a amené son enfant gravement malade, diabétique dépendant de l’insuline, présentant des symptômes sévères nécessitant une hospitalisation urgente.
Elle hésitait à s’y rendre car elle n’avait personne pour s’occuper de ses trois autres enfants dans l’abri.
Notre équipe a travaillé pour que l’enfant soit hospitalisé et reçoive les soins nécessaires, tout en aidant la mère à trouver un appui pour les autres enfants.
Le déplacement forcé est interdit par le droit international humanitaire, sauf dans des cas très limités où il est requis pour la sécurité des civils ou pour des raisons militaires impératives.
Même dans ces cas, des conditions strictes s’appliquent : les personnes doivent pouvoir retourner chez elles dès que les hostilités le permettent, et des conditions sûres doivent être garanties pendant le déplacement, y compris l’accès à un abri, à la nourriture, à l’eau et aux soins de santé, tout en facilitant l’assistance humanitaire.
Les civils, les structures de santé et le personnel médical doivent toujours être protégés, et les personnes — en particulier les groupes vulnérables comme les personnes âgées, les enfants et les personnes handicapées — doivent disposer de temps et de moyens suffisants pour évacuer en toute sécurité.
Les équipes de MSF au Liban rapportent que ces conditions ne sont pas respectées.
Les ordres d’évacuation généralisés émis par les forces israéliennes couvrent désormais plus de 14 % du pays et sont souvent soudains, à grande échelle et imprévisibles. Les populations n’ont fréquemment pas assez de temps pour fuir, et les groupes vulnérables ne peuvent pas évacuer en sécurité.
Dans certains cas, des zones sont bombardées peu après l’émission des ordres d’évacuation, parfois communiqués via les réseaux sociaux, des canaux inaccessibles à une partie de la population.
Dans le même temps, les civils qui ne peuvent pas ou ne veulent pas partir restent exposés aux attaques des forces israéliennes.
L’ampleur, la rapidité et la durée indéterminée de ces ordres — combinées à des frappes indiscriminées continues dans des zones densément peuplées — signifient que les personnes sont effectivement forcées de fuir sans protection réelle ni alternative viable.
Les professionnels de santé libanais continuent de fournir des soins vitaux dans des conditions exceptionnelles, malgré une pression et des risques immenses.
Dans le sud du Liban en particulier, les hôpitaux reçoivent des afflux massifs de blessés presque quotidiennement, et les soignants dorment dans les hôpitaux pour pouvoir travailler jour et nuit.
L’augmentation des attaques contre les structures de santé, les meurtres de soignants, les ordres de déplacement émis par les forces israéliennes dans des zones incluant des hôpitaux, ainsi que les menaces à la sécurité des centres de santé continuent de mettre une pression énorme sur la capacité du système à traiter les patient·e·s.
Plus de 206 travailleurs de la santé ont été blessés et 88 ont été tués.
Au 14 avril, selon l’OMS, six hôpitaux ont été contraints de fermer, 14 ont été endommagés et 59 centres de soins de santé primaires ont fermé.
Les attaques contre les structures de santé, les soignants et les patient·e·s sont totalement inacceptables, et nous continuons d’exiger leur protection.
Le système de santé libanais — comme de nombreux autres secteurs du pays — est lourdement affecté par la guerre menée par Israël, les escalades récentes, la crise économique persistante et les déplacements forcés massifs, qui exercent une pression supplémentaire sur des structures déjà incapables de faire face à un afflux élevé de patients.
Les soignant·e·s libanais continuent de fournir des soins vitaux dans des conditions extraordinaires, malgré des risques considérables.
Dans le sud du Liban, les hôpitaux accueillent presque quotidiennement des victimes en grand nombre, et le personnel dort sur place pour travailler en continu.
Nous collaborons étroitement avec le ministère libanais de la Santé et restons en contact régulier avec les autorités et les autres acteurs humanitaires.
L’ampleur des besoins nécessite une action urgente et globale, alors que plus d’un million de personnes ont été déplacées en quelques jours seulement.
Il est essentiel de reconnaître que cette escalade survient après près de deux ans de conflit, avec une pression prolongée sur les services et les ressources du Liban, aggravée par des coupes dans le financement humanitaire mondial, ayant limité les stocks d’urgence.
L’escalade actuelle intervient alors que le Plan de réponse du Liban 2026 est gravement sous‑financé et que les stocks de contingence sont à des niveaux critiques, après des mois de bombardements israéliens incessants.
MSF appelle à la mobilisation immédiate de l’aide d’urgence afin d’accroître rapidement l’assistance aux personnes déplacées et aux communautés hôtes.
Les attaques contre les soins de santé, y compris les ambulances, ainsi que les décès de soignants, sont en forte augmentation. Depuis le début de l’escalade, l’OMS a signalé 133 attaques contre des structures de santé, ayant fait 88 morts et 206 blessés parmi le personnel médical. Des ambulanciers, ainsi que des équipes de la Croix-Rouge libanaise et de la protection civile, auraient été tués ou blessés en intervention, parfois lors d’attaques répétées sur les mêmes sites. Plus de six hôpitaux et 59 centres de soins de santé primaires ont dû fermer, limitant encore davantage l’accès aux soins.
Dans le sud du Liban, les équipes de MSF ont visité plusieurs centres de santé primaires et hôpitaux endommagés par des frappes israéliennes à proximité. À Beyrouth, le 5 avril, des forces israéliennes ont mené une attaque indiscriminée dans un quartier densément peuplé, à quelques mètres seulement de l’hôpital Rafik Hariri soutenu par MSF. À Tyr, l’hôpital public libano-italien a subi des dégâts importants et une machine de dialyse a été détruite par une explosion à proximité. L’hôpital Jabal Amel, également soutenu par MSF, a lui aussi été endommagé par des frappes voisines.
Les infrastructures de santé, le personnel médical ainsi que leur environnement doivent être protégés.
Parallèlement, des ordres d’évacuation ont été émis par les forces israéliennes à Beyrouth, y compris dans des zones abritant deux grands hôpitaux. Dans le sud, des hôpitaux se trouvent toujours dans des zones sous ordre d’évacuation. MSF appelle à nouveau à la protection des structures de santé, du personnel médical, des ambulances et des patients, y compris dans ces zones.